Fouilles, par Noëlle Renaude

Noëlle Renaude, Nicolas Maury ©Christophe Raynaud de Lage

 

Noëlle Renaude a entrepris des "Fouilles" bien particulières, en compagnie de l'acteur Nicolas Maury : fouilles dans l'archéologie de l'écriture et dans l'histoire personnelle. Cette enquête a été menée par le duo auteur-comédien lors de la 18e session de l'Ecole Pratique des Auteurs de Théâtre, du 24 septembre au 1er octobre 2012.

 

S’est posée à moi à un moment la question de la nécessité d’aborder ce travail d’investigation : une manière d’avouer que la recherche du vrai, dans l’écriture maîtresse a échoué ? Qu’on a pendant des années et de texte en texte, de fiction en fiction, raté l’approche du réel ? Qu’on a mis les choses à une trop grande distance de soi ? Ce qui voudrait dire que La recherche est la seule enquête littéraire réussie ?
J’ai commencé par des régurgitations proustiennes sur cahier Clairefontaine et c’est à ça, à cette question-là que je reviens, trente ans plus tard. Acte terrible alors, car me soumettre à un retour sur moi, par le biais de l’écriture encore, serait en effet  l’aveu que la route envisagée, je n’ai peut-être pas su la suivre.
Si L’enquête a pour objet l’écriture, elle tourne, au risque de toutes les erreurs (bienvenues) qu’elle contient et qui la guident, très fortement autour d’une seule histoire.
Accidents me ramène au désastre. Par quelque bout qu’on la prenne, l’écriture ne serait bien que ça. Un dévoilement du désastre. Ce qui reste et ce qui vient se conjuguant pour déclarer juste de l’impuissance. Ce serait pourtant dans cette impuissance avérée, et exhibée, pour moi impuissance de rejouer un modèle efficace, par exemple, grâce à elle, que l’écriture trouverait sa validité, sa voie, ses atouts. L’enquête, qui y est accolée, apparaîtrait, elle, dans ce cas comme un repentir de taille.
Dans cette nouvelle aventure, Nicolas Maury, entré par effraction dans une mémoire étrangère, l’occupe en voleur de « je », solitaire et indécent, et reconstitue, comme il l’entend, la place laissée vacante entre tous les « ce que j’ai vécu » et les « ce que j’ai entendu dire ».
Noëlle Renaude

 

 

PARCOURS jusqu'en 2012
Nicolas Maury, issu du Conservatoire National d’Art Dramatique de Paris, a joué au cinéma dans Ceux qui m’aiment prendront le train de Patrice Chéreau, Les Amants réguliers de Philippe Garrel, Paris je t’aime d’Olivier Assayas, La Question humaine de Nicolas Klotz, Faut que ça danse de Noémie Lvovsky, Les Beaux gosses de Riad Sattouf, Let my people go de Mikaël Buch, Un château en Italie de Valéria Bruni-Tedeschi, Je ne suis pas mort de Mehdi Ben Attia. Il rejoint la troupe du Théâtre Dijon Bourgogne dirigé par Robert Cantarella en 2005, joue dans La Jalousie du barbouillé de Molière, Une belle journée de Noëlle Renaude, Hippolyte de Robert Garnier, sous la direction de Florence Giorgetti dans Dormez je le veux de Georges Feydeau, de Philippe Minyana dans On ne saurait penser à tout d’Alfred de Musset...
En 2006 il joue dans deux pièces de Philippe Minyana mises en scène par Robert Cantarella : La Maison des morts à la Comédie-Française Théâtre du Vieux Colombier et Ça va au Théâtre Dijon-Bourgogne. Il joue quatre spectacles mis en scène par Guillaume Vincent : Nous, les héros et Histoire d'amour de Jean-Luc Lagarce, et L'Eveil du printemps de Wedekind et La nuit tombe de Guillaume Vincent. En 2011 au Théâtre de la Ville : Les Rêves de Margaret de Philippe Minyana, mise en scène Florence Giorgetti. En 2012, au Théâtre des Bouffes du Nord : La Dame de la mer d’Ibsen mis en scène par Claude Baqué. A Théâtre Ouvert, il a joué en 2009 dans Promenades de Noëlle Renaude mise en scène par Marie Rémond et en 2011 dans La Promenade et De tant en temps de Noëlle Renaude, lors d’un Chantier.

 

Noëlle Renaude a écrit une trentaine de pièces, publiées dès 1987 par Théâtre Ouvert puis par les éditions Théâtrales. Parallèlement, elle publie pendant 10 ans un certain nombre de romans alimentaires sous des pseudonymes divers et collabore à la revue d’ars plastiques Canal, puis à Théâtre/Public jusqu’au début des années 1990, et a été membre du comité de rédaction des Cahiers de Prospero.
Robert Cantarella, Eric Elmosnino, Frédéric Fisbach, Florence Giorgetti, Michel Dydim, Frédéric Maragnani, François Gremaud, Philippe Calvario, Renaud-Marie Leblanc, Grégoire Strecker entre autres ont monté ses pièces.
En 1994, elle commence à écrire pour l’acteur Christophe Brault Ma Solange, comment t’écrire mon désastre, Alex Roux, aventure littéraire et théâtrale qui s’étend sur quatre années, à l’occasion de laquelle elle aborde le travail de plateau.
Son œuvre compte aujourd’hui plus de vingt textes, destinés ou non à la scène, publiés pour l’essentiel aux éditions Théâtrales. Traduits en nombreuses langues, ses textes sont régulièrement joués en France et à étranger et font l’objet de fictions radiophoniques.
En juin 2010 paraissent L’Atlas alphabétique d’un nouveau monde, ouvrage critique sur son écriture, dirigé par Michel Corvin et Sans carte sans boussole sans équipement, 8 pièces nouvelles aux éditions Théâtrales. De tant en temps, ouvrage commandé par le FRAC Aquitaine à partir d’une œuvre contemporaine (celle de Roman Opalka) a été coédité par le FRAC Aquitaine et les éditions MIX en juillet 2010. En août 2010 a été créée la première partie de Vues d’ici aux Chantiers de Blaye.
La petite maison (éditions Théâtrales) a été créée par Robert Cantarella en février-mars 2012 à Evreux.
Elle intervient depuis quelques années régulièrement à l’Ecole Nationale d’Art de Cergy-Pontoise et publie de nombreux articles et entretiens dans diverses revues (Frictions, Avant-Poste, Encres, Lexitext, Théâtre/Public, etc..)
Ses textes ont fait l’objet à Théâtre Ouvert de spectacles (Le Renard du nord, par Robert Cantarella en 1993, Ma Solange, comment t’écrire mon désastre, Alex Roux, 2002, Par les routes, 2006, éditions Théâtre Ouvert / Enjeux, par Frédéric Maragnani, Promenades en 2009 par Marie Rémond), chantiers (Madame Ka, en 1998, et Fiction d’hiver, en 1999, animés par Robert Cantarella et Noëlle Renaude, La Promenade et De tant en temps, animés par Noëlle Renaude et Nicolas Maury en 2011), mises en espace, mises en voix et deux Gros plan, en 1993 et 2006.

 

Parcours de Noëlle Renaude avec Théâtre Ouvert