Les modes d'action

Mise en espace d'En r'venant d'l'Expo de Jean-Claude Grumberg, 1973 ©Béatrice Heyligers

 

Depuis la création de Théâtre Ouvert, théâtre d'essais et de création, ses fondateurs, Lucien Attoun et Micheline Attoun, ont inventé des formes "non spectaculaires", légères, afin que les auteurs, metteurs en scène et comédiens puissent travailler en peu de temps à faire entendre, sur un plateau de théâtre, les lignes de force et de faiblesse d'écritures nouvelles. Cette idée est née du contact des auteurs dont ils recevaient et lisaient les textes et qui se plaignaient souvent de la grande solitude dans laquelle ils se trouvaient : écrivant du théâtre, ils étaient pourtant très éloignés du plateau et n'avaient pas la possibilité d'entendre les comédiens dire leurs mots.

 

Le premier mode d'action, en 1971, fut la mise en espace, travail court, sans décor ni costumes, destiné à être présenté cinq fois devant le public, et suivi d'une rencontre. En 1976, dans le magazine ATAC, Lucien Attoun interviewé par Alain Leblanc expliquait ainsi l'idée de la mise en espace : "Il est indispensable de distinguer une pièce et son spectacle. Si malgré l'absence de décors, de costumes, une pièce fonctionne, il y a de fortes chances pour que cette pièce soit bonne et puisse être montée. (...) Si nous parlons de mise en espace et non de mise en scène, ce n'est pas par hasard. Nous n'avons pas la prétention de faire des spectacles au rabais. Nous travaillons dans un moment donné, dans un esprit donné. Si nous décidons de faire un spectacle, alors nous retrouvons les conditions du spectacle, sur le plan des répétitions, des moyens, des salaires."

 

Peu à peu, devant l'enthousiasme suscité par ce type de proposition (chez les auteurs, les équipes artistiques et les spectateurs) et devant la diversité des textes et de leur état d'écriture, d'autres modes d'action sont nés, ce qui a dessiné un lexique précis : le gueuloir, la mise en voix, la cellule de création (devenue plus tard chantier), la carte blanche, le noyau de comédien, l'école pratique des auteurs de théâtre ainsi que, bien sûr, le spectacle, aboutissement plus attendu du travail scénique. En dehors de cette dernière catégorie, les formes de travail sur le plateau privilégient toujours un temps de recherche pendant lequel les artistes (y compris l'auteur) sont rémunérés sans être liés à une obligation de rendu final ou à une production future. Libre ensuite à chacun de poursuivre le travail et de mettre en place une autre phase : réécriture, répétitions, montage d'un spectacle, ou d'arrêter là.

Lorsque le travail est présenté au public, il est bien précisé qu'il s'agit d'une étape de travail et non d'un spectacle ou d'une forme aboutie.

 

De l’essai à la création : modes d’action

 

Mise en espace : première approche dans l’espace d’un texte nouveau, choisi par un metteur en scène, et travaillé pendant 12 jours consécutifs. A l’issue de ce travail souterrain sont données quelques présentations publiques sans décor ni costumes. Au spectateur d’imaginer le futur spectacle possible. Le mode d’essai le plus emblématique, inventé dès la naissance de Théâtre Ouvert.

A lire : l'article de Michel Vinaver sur la mise en espace des Travaux et les jours par Alain Françon en 1979 dans le bulletin Ecritures n°8 reproduit ici en version PDF (4 Mo env.).

 

Mise en voix : première audition publique par des comédiens, d’un nouveau texte choisi par Théâtre Ouvert et dirigé par un maître d’œuvre.

 

Chantier : travail souterrain avec un auteur, un metteur en scène et des comédiens, sur un texte inédit ou en cours d’écriture, ponctué par des rendez-vous publics sous des formes adaptées aux projets. En 1998-1999, la saison est presque exclusivement consacrée à des chantiers avec les auteurs Daniel Danis, Noëlle Renaude, Christine Angot.

Avant 1991, les Chantiers s'appelaient Cellules de création.

A lire : les articles de Serge Ganzl et Jean-Claude Grumberg (sur L'Atelier) dans Ecritures n°5 en janvier 1979 version PDF (3,8 Mo env.)

 

Le Gueuloir : un auteur choisit lui-même et lit, éventuellement aidé d’un comédien de son choix, un de ses textes inédits.

Premier gueuloir en 1974.

 

Carte Blanche : donnée à un comédien, un auteur, un metteur en scène ou à une personnalité, pour une lecture publique d’un texte nouveau de son choix.

 

Ces modes d’action sont nés à Avignon à la Chapelle des Pénitents Blancs et à la Chapelle des Cordeliers.

Ils sont suivis d’un débat public avec l’auteur et l’équipe artistique.

 

Le Noyau : groupe de comédiens qui, réuni en comité de lecture en résidence à Théâtre Ouvert, lit des manuscrits et en choisit certains pour les donner à entendre en public. Le Noyau de 1982 était composé de Christiane Cohendy, Jean-Claude Durand, André Marcon, Michelle Marquais, Anne Wiazemsky. Celui de 2000 réunissait les élèves comédiens sortant du Conservatoire National Supérieur d'Art Dramatique de Paris : Jean-François Auguste, Marie-Charlotte Biais, Stéphanie Farison, Pierre-Félix Gravière, Odile Grosset-Grange, Delphine Lamand, Lisa Pajon, Sophie-Aude Picon, Hedi Tillette de Clermont-Tonnerre.

 

Le Spectacle : finalité espérée du travail de recherche, de découverte et de diffusion que l’équipe de Théâtre Ouvert accomplit tout au long de l’année.

 

Ecole Pratique des Auteurs de Théâtre : L’EPAT, donne la possibilité à des auteurs nouveaux de confronter pratiquement leur écriture au plateau avec l’aide de metteurs en scène et de comédiens.

Première EPAT en 2005.

A lire : articles et entretiens avec auteurs et metteurs en scène sur leur expérience de l'EPAT dans Le Journal n°16, 2006 version PDF - (33 Mo env.), Le Journal n°19, 2007 version PDF - (919 Ko env.), Le Journal n°21, 2008 version PDF - (2,9 Mo env.), Je Journal n°24, 2008 version PDF - (5,4 Mo env.), Le Journal n°26, 2010 version PDF - (655 Ko env.), Le Journal n°28, 2010 version PDF - (903 Ko env.).